Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/240

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outrage ; vous prouvez qu’il avoit raison ; vous sacrifiez mon honneur à un faux point-d’honneur ; vous diffamez votre maîtresse pour gagner tout au plus la réputation d’un bon spadassin. Montrez-moi, de grâce, quel rapport il y a entre votre maniere de me justifier & ma justification réelle ? Pensez-vous que prendre ma cause avec tant d’ardeur soit une grande preuve qu’il n’y a point de liaison entre nous, & qu’il suffise de faire voir que vous êtes brave, pour montrer que vous n’êtes pas mon amant ? Soyez sûr que tous les propos de Milord Edouard me font moins de tort que votre conduite ; c’est vous seul qui vous chargez par cet éclat de les publier & de les confirmer. Il pourra bien, quant à lui, éviter votre épée dans le combat ; mais jamais ma réputation ni mes jours, peut-être, n’éviteront le coup mortel que vous leur portez.

Voilà des raisons trop solides pour que vous ayez rien, qui le puisse être, à y répliquer ; mais vous combattrez, je le prévois, la raison par l’usage ; vous me direz qu’il est des fatalités qui nous entraînent malgré nous ; que dans quelque cas que ce soit, un démenti ne se souffre jamais ; & que quand une affaire a pris un certain tour, on ne peut plus éviter de se battre ou de se déshonorer. Voyons encore.

Vous souvient-il d’une distinction que vous me fîtes autrefois dans une occasion importante, entre l’honneur réel & l’honneur apparent ? Dans laquelle des deux classes mettrons-nous celui dont il s’agit aujourd’hui ? Pour moi, je ne vois pas comment cela peut même faire une question. Qu’y a-t-il de commun entre la gloire d’égorger un homme