Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/244

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& d’exposer la vôtre pour satisfaire une barbare & dangereuse fantaisie qui n’a nul fondement raisonnable, & si le triste souvenir du sang versé dans une pareille occasion peut cesser de crier vengeance au fond du cœur de celui qui l’a fait couler ? Connoissez-vous aucun crime égal à l’homicide volontaire, & si la base de toutes les vertus est l’humanité, que penserons-nous de l’homme sanguinaire & dépravé qui l’ose attaquer dans la vie de son semblable ? Souvenez-vous de ce que vous m’avez dit vous-même contre le service étranger ; avez-vous oublié que le citoyen doit sa vie à la patrie & n’a pas le droit d’en disposer sans le congé des loix, à plus forte raison contre leur défense ? Ô mon ami ! si vous aimez sincérement la vertu, apprenez à la servir à sa mode, & non à la mode des hommes. Je veux qu’il en puisse résulter quelque inconvénient : Ce mot de vertu n’est-il donc pour vous qu’un vain nom, & ne serez-vous vertueux que quand il n’en coûtera rien de l’être ?

Mais quels sont au fond ces inconvéniens ? Les murmures des gens oisifs, des méchans, qui cherchent à s’amuser des malheurs d’autrui & voudroient avoir toujours quelque histoire nouvelle à raconter. Voilà vraiment un grand motif pour s’entr’égorger ! si le philosophe & le sage se reglent dans les plus grandes affaires de la vie sur les discours insensés de la multitude, que sert tout cet appareil d’études, pour n’être au fond qu’un homme vulgaire ? Vous n’osez donc sacrifier le ressentiment au devoir, à l’estime, à l’amitié, de peur qu’on ne vous accuse de craindre la mort ? Pesez les choses, mon bon ami, & vous trouverez bien plus de