Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/252

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l’inutilité, & quelque respect que je porte à ses vertus, je n’en attends point de lui d’assez sublimes pour le détacher d’un faux point-d’honneur. Jouissez d’avance du plaisir que vous aurez de percer le sein de votre ami : mais sachez, homme barbare, qu’au moins vous n’aurez pas celui de jouir de mes larmes & de contempler mon désespoir. Non, j’en jure par l’amour qui gémit au fond de mon cœur ; soyez témoin d’un serment qui ne sera point vain ; je ne survivrai pas d’un jour à celui pour qui je respire, & vous aurez la gloire de mettre au tombeau d’un seul coup deux amans infortunés, qui n’eurent point envers vous de tort volontaire, & qui se plaisoient à vous honorer.

On dit, Milord, que vous avez l’ame belle & le cœur sensible. S’ils vous laissent goûter en paix une vengeance que je ne puis comprendre & la douceur de faire des malheureux, puissent-ils quand je ne serai plus, vous inspirer quelques soins pour un pere & une mere inconsolables, que la perte du seul enfant qui leur reste va livrer à d’éternel les douleurs.