Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/269

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n’attire que honte & déshonneur à celles qui les écoutent. Ensuite voyant que cela ne suffisait pas pour arracher quelque réponse d’une femme intimidée, il cita sans ménagement en exemple ce qui s’étoit passé dans notre maison, depuis qu’on y avoit introduit un prétendu bel-esprit, un diseur de riens, plus propre à corrompre une fille sage qu’à lui donner aucune bonne instruction. Ma mere, qui vit qu’elle gagneroit peu de chose à se taire, l’arrêta sur ce mot de corruption, & lui demanda ce qu’il trouvoit dans la conduite ou dans la réputation de l’honnête homme dont il parloit, qui pût autoriser de pareils soupçons. Je n’ai pas cru, ajouta-t-elle, que l’esprit & le mérite fussent des titres d’exclusion dans la société. À qui donc faudra-t-il ouvrir votre maison si les talens & les mœurs n’en obtiennent pas l’entrée ? À des gens sortables, Madame, reprit-il en colere, qui puissent réparer l’honneur d’une fille quand ils l’ont offensé. Non, dit-elle, mais à des gens de bien qui ne l’offensent point. Apprenez, dit-il, que c’est offenser l’honneur d’une maison que d’oser en solliciter l’alliance sans titres pour l’obtenir. Loin de voir en cela, dit ma mere, une offense, je n’y vois, au contraire, qu’un témoignage d’estime. D’ailleurs, je ne sache point que celui contre qui vous vous emportez ait rien fait de semblable à votre égard. Il l’a fait, Madame, & fera pis encore si je n’y mets ordre ; mais je veillerai, n’en doutez pas, aux soins que vous remplissez si mal.

Alors commença une dangereuse altercation qui m’apprit que les bruits de ville dont tu parles étoient ignorés de mes parens, mais durant laquelle ton indigne cousine eût voulu