Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/279

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il ne résistera pas. Quoiqu’il en soit, je vous déclare qu’il ne sera point question de noce entre nous, que Julie ne soit tranquille, & que jamais les larmes de mon amie n’arroseront le nœud qui doit nous unir. Ainsi, Monsieur, s’il est vrai que vous m’aimiez, votre intérêt s’accorde en cette occasion, avec votre générosité ; & ce n’est pas tellement ici l’affaire d’autrui, que ce ne soit aussi la vôtre.

LETTRE LXV. DE CLAIRE À JULIE.

Tout est fait ; & malgré ses imprudences, ma Julie est en sûreté. Les secrets de ton cœur sont ensevelis dans l’ombre du mystere ; tu es encore au sein de ta famille & de ton pays, chérie, honorée, jouissant d’une réputation sans tache & d’une estime universelle. Considere en frémissant les dangers que la honte ou l’amour t’ont fait courir en faisant trop ou trop peu. Apprends à ne vouloir plus concilier des sentimens incompatibles, & bénis le Ciel, trop aveugle amante ou fille trop craintive, d’un bonheur qui n’étoit réservé qu’à toi.

Je voulois éviter à ton triste cœur le détail de ce départ si cruel & si nécessaire. Tu l’as voulu, je l’ai promis, je tiendrai parole avec cette même franchise qui nous est commune, & qui ne mit jamais aucun avantage en balance avec la bonne foi. Lis donc, chére & déplorable amie, lis,