Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/314

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entiere, t’adorent de concert & prennent à toi le plus tendre intérêt : voilà ma chère, un concours moins vraisemblable & qui n’auroit point lieu s’il n’avoit en ta personne quelque cause particuliere. Sais-tu bien quelle est cette cause ? Ce n’est ni ta beauté, ni ton esprit, ni ta grâce, ni rien de tout ce qu’on entend par le don de plaire : mais c’est cette ame tendre & cette douceur d’attachement qui n’a point d’égale ; c’est le don d’aimer, mon enfant, qui te fait aimer. On peut résister à tout, hors à la bienveillance ; & il n’y a point de moyen plus sûr d’acquérir l’affection des autres, que de leur donner la sienne. Mille femmes sont plus belles que toi ; plusieurs ont autant de grâce ; toi seule as, avec les grâces, je ne sais quoi de plus séduisant qui ne plaît pas seulement mais qui touche & qui fait voler tous les cœurs au-devant du tien. On sent que ce tendre cœur ne demande qu’à se donner & le doux sentiment qu’il cherche le va chercher à son tour.

Tu vois par exemple avec surprise l’incroyable affection de Milord Edouard pour ton ami ; tu vois son zele pour ton bonheur ; tu reçois avec admiration ses offres généreuses ; tu les attribues à la seule vertu : & ma Julie de s’attendrir ! Erreur, abus, charmante cousine ! À Dieu ne plaise que j’atténue les bienfaits de Milord Edouard & que je déprise sa grande ame ! Mais, crois-moi, ce zele, tout pur qu’il est, seroit moins ardent, si, dans la même circonstance, il s’adressoit à d’autres personnes. C’est ton ascendant invincible & celui de ton ami qui, sans même qu’il s’en aperçoive, le déterminent avec tant de force & lui font faire par