Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/352

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des maximes qu’on y respire ; il me consolera dans mes maux ; il préviendra ou corrigera mes fautes ; il m’instruira durant ma jeunesse ; il m’édifiera dans tous les tems & ce seront, à mon avis, les premieres lettres d’amour dont on aura tiré cet usage.

Quant à la derniere que j’ai présentement sous les yeux, toute belle qu’elle me paraît, j’y trouve pourtant un article à retrancher. Jugement déjà fort étrange : mais ce qui doit l’être encore plus, c’est que cet article est précisément celui qui te regarde & je te reproche d’avoir même songé à l’écrire. Que me parles-tu de fidélité, de constance ? Autrefois tu connoissois mieux mon amour & ton pouvoir. Ah ! Julie, inspires-tu des sentimens périssables & quand je ne t’aurois rien promis, pourrois-je cesser jamais d’être à toi ? Non, non, c’est du premier regard de tes yeux, du premier mot de ta bouche, du premier transport de mon cœur, que s’alluma dans lui cette flamme éternelle que rien ne peut plus éteindre. Ne t’eusse-je vue que ce premier instant, c’en étoit déjà fait, il étoit trop tard pour pouvoir jamais t’oublier. & je t’oublierois maintenant ! maintenant qu’enivré de mon bonheur passé son seul souvenir suffit pour me le rendre encore ! maintenant qu’oppressé du poids de tes charmes je ne respire qu’en eux ! maintenant que ma premiere ame est disparue & que je suis animé de celle que tu m’as donnée ! maintenant, ô Julie, que je me dépite contre moi de t’exprimer si mal tout ce que je sens ! Ah ! que toutes les beautés de l’univers tentent de me séduire, en est-il d’autres que la tienne à mes yeux ? Que tout conspire à l’arracher