Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/402

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dont on poursuit le bien-aimé. Va, Julie, va, fille incomparable, quand tu pourras haÏr quelque chose, je pourrai cesser de t’aimer.

P.S. Que je te plains d’être obsédée par ces deux importuns ! Pour l’amour de toi-même, hâte-toi de les renvoyer.

LETTRE XX. DE JULIE.

Mon ami, j’ai remis à M. d’Orbe un paquet qu’il s’est chargé de t’envoyer à l’adresse de M. Silvestre, chez qui tu pourras le retirer ; mais je t’avertis d’attendre pour l’ouvrir que tu sois seul & dans ta chambre. Tu trouveras dans ce paquet un petit meuble à ton usage.

C’est une espece d’amulette que les amans portent volontiers. La maniere de s’en servir est bizarre ; il faut la contempler tous les matins un quart d’heure jusqu’à ce qu’on se sente pénétré d’un certain attendrissement ; alors on l’applique sur ses yeux, sur sa bouche & sur son cœur : cela sert, dit-on, de préservatif durant la journée contre le mauvais air du pays galant. On attribue encore à ces sortes de talismans une vertu électrique tres singuliere, mais qui n’agit qu’entre les amans fideles. C’est de communiquer à l’un l’impression des baisers de l’autre à plus de cent lieues de là. Je ne garantis