Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/476

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& qu’elle n’a pris aucune précaution pour veiller de plus près sur sa fille ; effectivement, si Julie ne répondoit pas à sa confiance, elle ne seroit plus digne de ses soins, & il faudroit vous étouffer l’un & l’autre si vous étiez capables de tromper encore la meilleure des meres, & d’abuser de l’estime qu’elle a pour vous.

Je ne cherche point à rallumer dans votre cœur une espérance que je n’ai pas moi-même ; mais je veux vous montrer, comme il est vrai, que le parti le plus honnête est aussi le plus sage, & que s’il peut rester quelque ressource à votre amour, elle est dans le sacrifice que l’honneur & la raison vous imposent. Mere, parents, amis, tout est maintenant pour vous, hors un pere qu’on gagnera par cette voie, ou que rien ne sauroit gagner. Quelque imprécation qu’ait pu vous dicter un moment de désespoir, vous nous avez prouvé cent fois qu’il n’est point de route plus sûre pour aller au bonheur que celle de la vertu. Si l’on y parvient, il est plus pur, plus solide & plus doux par elle ; si on le manque, elle seule peut en dédommager. Reprenez donc courage, soyez homme, & soyez encore vous-même. Si j’ai bien connu votre cœur, la maniere la plus cruelle pour vous de perdre Julie seroit d’être indigne de l’obtenir.