Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/519

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le rendit insensible à toutes celles que vous possédiez ; & s’il convenoit que la naissance ne les pouvoit remplacer, il prétendoit qu’elle seule pouvoit les faire valoir.

L’impossibilité d’être heureuse irrita des feux qu’elle eût dû éteindre. Une flatteuse illusion me soutenoit dans mes peines ; je perdis avec elle la force de les supporter. Tant qu’il me fût resté quelque espoir d’être à vous, peut-être aurois-je triomphé de moi ; il m’en eût moins coûté de vous résister toute ma vie que de renoncer à vous pour jamais ; & la seule idée d’un combat éternel m’ôta le courage de vaincre.

La tristesse, & l’amour consumoient mon cœur ; je tombai dans un abattement dont mes lettres se sentirent. Celles que vous m’écrivîtes de Meillerie y mit le comble ; à mes propres douleurs se joignit le sentiment de votre désespoir. Hélas ! c’est toujours l’ame la plus foible qui porte les peines de toutes deux. Le parti que vous m’osiez proposer mit le comble à mes perplexités. L’infortune de mes jours étoit assurée, l’inévitable choix qui me restoit à faire étoit d’y joindre celle de mes parens ou la vôtre. Je ne pus supporter cette horrible alternative : les forces de la nature ont un terme ; tant d’agitations épuiserent les miennes. Je souhaitai d’être délivrée de la vie. Le Ciel parut avoir pitié de moi ; mais la cruelle mort m’épargna pour me perdre. Je vous vis, je fus guérie, & je péris.

Si je ne trouvai point le bonheur dans mes fautes, je n’avois jamais espéré l’y trouver. Je sentois que mon cœur étoit fait pour la vertu, & qu’il ne pouvoit être heureux sans elle ; je succombai par foiblesse, & non par erreur ; je n’eus pas même