Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/555

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


& sans nécessité. Gardez un secret dangereux que rien ne vous oblige à révéler, dont la communication peut vous perdre, & n’est d’aucun usage à votre époux. S’il est digne de cet aveu, son ame en sera contristée, & vous l’aurez affligé sans raison. S’il n’en est pas digne, pourquoi voulez-vous donner un prétexte à ses torts envers vous ? Que savez-vous si votre vertu, qui vous a soutenue contre les attaques de votre cœur, vous soutiendroit encore contre des chagrins domestiques toujours renaissants ? N’empirez point volontairement vos maux, de peur qu’ils ne deviennent plus forts que votre courage, & que vous ne retombiez à force de scrupules dans un état pire que celui dont vous avez eu peine à sortir. La sagesse est la base de toute vertu : consultez-la, je vous en conjure, dans la plus importante occasion de votre vie ; & si ce fatal secret vous pese si cruellement, attendez du moins pour vous en décharger que le temps, les années, vous donnent une connoissance plus parfaite de votre époux, & ajoutent dans son cœur, à l’effet de votre beauté, l’effet plus sûr encore des charmes de votre caractere, & la douce habitude de les sentir. Enfin quand ces raisons, toutes solides qu’elles sont, ne vous persuaderoient pas, ne fermez point l’oreille à la voix qui vous les expose. Ô Julie, écoutez un homme capable de quelque vertu, & qui mérite au moins de vous quelque sacrifice par celui qu’il vous fait aujourd’hui !

Il faut finir cette lettre. Je ne pourrois, je le sens, m’empêcher d’y reprendre un ton que vous ne devez plus entendre. Julie, il faut vous quitter ! Si jeune encore, il faut déjà renoncer au bonheur ! Ô tems ! qui ne dois plus revenir ! tems