Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/596

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voir ! Hélas ! le plus grand péril est au fond de mon cœur ; car, quoi qu’il en soit de mon sort, je l’ai résolu, je le jure, vous me verrez digne de paroître à vos yeux, ou vous ne me reverrez jamais.

Milord Edouard, qui retourne à Rome, vous remettra cette lettre en passant, & vous fera le détail de ce qui me regarde. Vous connoissez mon ame, & vous devinerez aisément ce qu’il ne vous dira pas. Vous connûtes la mienne, jugez aussi de ce que je ne vous dis pas moi-même. Ah ! milord, vos yeux les reverront !

Votre amie a donc ainsi que vous le bonheur d’être mere ! Elle devoit donc l’être ?… Ciel inexorable !… Ô ma mere, pourquoi vous donna-t-il un fils dans sa colere ?

Il faut finir, je le sens. Adieu, charmantes cousines. Adieu, beautés incomparables. Adieu, pures, & célestes âmes. Adieu, tendres, & inséparables amies, femmes uniques sur la terre. Chacune de vous est le seul objet digne du cœur de l’autre. Faites mutuellement votre bonheur. Daignez vous rappeler quelquefois la mémoire d’un infortuné qui n’existoit que pour partager entre vous tous les sentimens de son ame, & qui cessa de vivre au moment qu’il s’éloigna de vous. Si jamais…J’entends le signal, & les cris des matelots ; je vois fraîchir le vent, & déployer les voiles. Il faut monter à bord, il faut partir. Mer vaste, mer immense, qui dois peut-être m’engloutir dans ton sein, puissé-je retrouver sur tes flots le calme qui fuit mon cœur agité.

Fin de la troisieme Partie, & du Tome premier.