Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/101

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prennent la place des assemblées publiques. À force de se cacher comme si l’on étoit coupable, on est tenté de le devenir. L’innocente joie aime à s’évaporer au grand jour ; mais le vice est ami des ténebres ; & jamais l’innocence & le mystere n’habiterent long-tems ensemble. Mon cher ami, me dit-elle en me serrant la main comme pour me communiquer son repentir & faire passer dans mon cœur la pureté du sien, qui doit mieux sentir que nous toute l’importance de cette maxime ? Que de douleurs & de peines, que de remords & de pleurs nous nous serions épargnés durant tant d’années, si tous deux, aimant la vertu comme nous avons toujours fait, nous avions su prévoir de plus loin les dangers qu’elle court dans le tête-à-tête.

Encore un coup, continua Madame de Wolmar d’un ton plus tranquille, ce n’est point dans les assemblées nombreuses, où tout le monde nous voit & nous écoute, mais dans des entretiens particuliers, où regnent le secret & la liberté, que les mœurs peuvent courir des risques. C’est sur ce principe que, quand mes domestiques des deux sexes se rassemblent, je suis bien aise qu’ils y soient tous. J’approuve même qu’ils invitent parmi les jeunes gens du voisinage ceux dont le commerce n’est point capable de leur nuire ; & j’apprends avec grand plaisir que, pour louer les mœurs de quelqu’’un de nos jeunes voisins, on dit : Il est reçu chez M. de Wolmar. En ceci nous avons encore une autre vue. Les hommes qui nous servent sont tous garçons & parmi les femmes, la gouvernante des enfans est encore à marier. Il n’est pas juste que la réserve où vivent ici les uns & les