Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/111

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en particulier faire quelque rapport contre son camarade, ou se plaindre personnellement de lui, on lui demande s’il est suffisamment instruit, c’est-à-dire s’il a commencé par s’éclaircir avec celui dont il vient se plaindre. S’il dit que non, on lui demande encore comment il peut juger une action dont il ne connaît pas assez les motifs. Cette action, lui dit-on, tient peut-être à quelque autre qui vous est inconnue ; elle a peut-être quelque circonstance qui sert à la justifier ou à l’excuser & que vous ignorez. Comment osez-vous condamner cette conduite avant de savoir les raisons de celui qui l’a tenue ? Un mot d’explication l’eût peut-être justifiée à vos yeux. Pourquoi risquer de la blâmer injustement & m’exposer à partager votre injustice ? S’il assure s’être éclairci auparavant avec l’accusé : Pourquoi donc lui réplique-t-on, venez-vous sans lui, comme si vous aviez peur qu’il ne démentît ce que vous avez à dire ? De quel droit négligez-vous pour moi la précaution que vous avez cru devoir prendre pour vous-même ? Est-il bien de vouloir que je juge sur votre rapport d’une action dont vous n’avez pas voulu juger sur le témoignage de vos yeux & ne seriez-vous pas responsable du jugement partial que j’en pourrois porter, si je me contentois de votre seule déposition ? Ensuite on lui propose de faire venir celui qu’il accuse : s’il y consent, c’est une affaire bientôt réglée ; s’il s’y oppose, on le renvoie après une forte réprimande ; mais on lui garde le secret & l’on observe si bien l’un & l’autre, qu’on ne tarde pas à savoir lequel des deux avoit tort.

Cette regle est si connue & si bien établie, qu’on n’entend jamais un domestique de cette maison parler mal d’un de ses