Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/200

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donc à vous examiner & dites-vous si toujours en proie à de vains regrets, vous serez à jamais inutile à vous & aux autres, ou si, reprenant enfin l’empire de vous-même vous voulez mettre une fois votre ame en état d’éclairer celle de votre ami.

Mes affaires ne me retiennent plus à Londres que pour une quinzaine de jours ; je passerai par notre armée de Flandre où je compte rester encore autant ; de sorte que vous ne devez guere m’attendre avant la fin du mois prochain ou le commencement d’Octobre. Ne m’écrivez plus à Londres mais à l’armée sous l’adresse ci-jointe. Continuez vos descriptions ; malgré le mauvais ton de vos lettres elles me touchent & m’instruisent ; elles m’inspirent des projets de retraite & de repos convenables à mes maximes & à mon âge. Calmez sur-tout l’inquiétude que vous m’avez donnée sur Mde. de Wolmar : si son sort n’est pas heureux, qui doit oser aspirer à l’être ? Après le détail qu’elle vous a fait, je ne puis concevoir ce qui manque à son bonheur [1].

  1. La galimatias de cette lettre me plait, en ce qu’il est tout-à-fait dans le caractere du bon Edouard, qui n’est jamais si philosophe que quand il fait des sottises & ne raisonne jamais tant que quand il ne fait ce qu’il dit.