Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/210

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sans enfans, dont les bras affoiblis par l’âge ne fournissent plus à son entretien, elle ne craint pas que ses bienfaits leur deviennent onéreux & fassent aggraver sur eux les charges publiques pour en exempter des coquins accrédités. Elle jouit du bien qu’elle fait & le voit profiter. Le bonheur qu’elle goûte se multiplie & s’étend autour d’elle. Toutes les maisons où elle entre offrent bientôt un tableau de la sienne ; l’aisance & le bien-être y sont une de ses moindres influences, la concorde & les mœurs la suivent de ménage en ménage. En sortant de chez elle ses yeux ne sont frappés que d’objets agréables ; en y rentrant elle en retrouve de plus doux encore ; elle voit par-tout ce qui plaît à son cœur, & cette ame si peu sensible à l’amour-propre apprend à s’aimer dans ses bienfaits. Non, Milord, je le répete, rien de ce qui touche à Julie n’est indifférent pour la vertu. Ses charmes, ses talents, ses goûts, ses combats, ses fautes, ses regrets, son séjour, ses amis, sa famille, ses peines, ses plaisirs & toute sa destinée, font de sa vie un exemple unique, que peu de femmes voudront imiter, mais qu’elles aimeront en dépit d’elles.

Ce qui me plaît le plus dans les soins qu’on prend ici du bonheur d’autrui, c’est qu’ils sont tous dirigés par la sagesse & qu’il n’en résulte jamais d’abus. N’est pas toujours bienfaisant qui veut & souvient tel croit rendre de grands services, qui fait de grands maux qu’il ne voit pas, pour un petit bien qu’il apperçoit. Une qualité rare dans les femmes du meilleur caractere & qui brille éminemment dans celui de Madame de Wolmar, c’est un discernement exquis dans la distribution de