Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/327

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LETTRE IX. DE SAINT PREUX À MDE. D’ORBE.

Où êtes-vous, charmante cousine ? Où êtes-vous, aimable confidente de ce foible cœur que vous partagez à tant de titres & que vous avez consolé tant de fois ? Venez, qu’il verse aujourd’hui dans le vôtre l’aveu de sa derniere erreur. N’est-ce pas à vous qu’il appartient toujours de le purifier & sait-il se reprocher encore les torts qu’il vous a confessés ? Non, je ne suis plus le même & ce changement vous est dû : c’est un nouveau cœur que vous m’avez fait & qui vous offre ses prémices ; mais je ne me croirai délivré de celui que je quitte qu’apres l’avoir déposé dans vos mains. Ô vous qui l’avez vu naître, recevez ses derniers soupirs.

L’eussiez-vous jamais pensé ? le moment de ma vie où je fus le plus content de moi-même fut celui où je me séparai de vous. Revenu de mes longs égarements, je fixois à cet instant la tardive époque de mon retour à mes devoirs. Je commençois à payer enfin les immenses dettes de l’amitié, en m’arrachant d’un séjour si chéri pour suivre un bienfaiteur, un sage, qui, feignant d’avoir besoin de mes soins, mettoit le succes des siens à l’épreuve. Plus ce départ m’étoit douloureux, plus je m’honorai d’un pareil sacrifice. Après avoir perdu la moitié de ma vie à nourrir une passion malheureuse, je consacrois l’autre à la justifier,