Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/329

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en revue toutes mes fautes, me remit devant les yeux un tableau qui n’étoit pas flatté ; & je connus par sa juste rigueur à blâmer tant de faiblesses, qu’il craignoit peu de les imiter. Cependant il feignoit d’avoir cette crainte ; il me parloit avec inquiétude de son voyage de Rome & des indignes attachemens qui l’y rappeloient malgré lui ; mais je jugeai facilement qu’il augmentoit ses propres dangers pour m’en occuper davantage & m’éloigner d’autant plus de ceux auxquels j’étois exposé.

Comme nous approchions de Villeneuve, un laquais qui montoit un mauvais cheval se laissa tomber & se fit une légere contusion à la tête. Son maître le fit saigner & voulut coucher là cette nuit. Ayant dîné de bonne heure, nous prîmes des chevaux pour aller à Bex voir la saline ; & Milord ayant des raisons particulieres qui lui rendoient cet examen intéressant, je pris les mesures & le dessin du bâtiment de graduation ; nous ne rentrâmes à Villeneuve qu’à la nuit. Après le souper, nous causâmes en buvant du punch & veillâmes assez tard. Ce fut alors qu’il m’apprit quels soins m’étoient confiés & ce qui avoit été fait pour rendre cet arrangement praticable. Vous pouvez juger de l’effet que fit sur moi cette nouvelle ; une telle conversation n’amenoit pas le sommeil. Il falut pourtant enfin se coucher.

En entrant dans la chambre qui m’étoit destinée, je la reconnus pour la même que j’avois occupée autrefois en allant à Sion. À cet aspect je sentis une impression que j’aurois peine à vous rendre. J’en fus si vivement frappé, que je crus redevenir à l’instant tout ce que j’étois alors ; dix