Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Je dois accompagner Milord Edouard en Italie. Je passerai près de vous ! & je ne vous verrois point ! Pensez-vous que cela se puisse ? Eh ! si vous aviez la barbarie de l’exiger, vous mériteriez de n’être pas obéie. Mais pourquoi l’exigeriez-vous ? N’êtes-vous pas cette même Claire, aussi bonne & compatissante que vertueuse & sage, qui daigna m’aimer des sa plus tendre jeunesse & qui doit m’aimer bien plus encore aujourd’hui que je lui dois tout [1]. Non, non, chére & charmante amie, un si cruel refus ne seroit ni de vous ni fait pour moi ; il ne mettra point le comble à ma misere. Encore une fois, encore une fois en ma vie, je déposerai mon cœur à vos pieds. Je vous verrai, vous y consentirez. Je la verrai, elle y consentira. Vous connoissez trop bien toutes deux mon respect pour elle. Vous savez si je suis homme à m’offrir à ses yeux en me sentant indigne d’y paraître. Elle a déploré si long-tems l’ouvrage de ses charmes, ah ! qu’elle voie une fois l’ouvrage de sa vertu !

P.S. Milord Edouard est retenu pour quelques tems encore ici par des affaires ; s’il m’est permis de vous voir, pourquoi ne prendrois-je pas les devans pour être plus tôt auprès de vous ?

  1. Que lui doit-il donc tant, à elle qui a fait les malheurs de sa vie ? Malheureux questionneur ! Il lui doit l’honneur, la vertu, le repos de celle qu’il aime ; il lui doit tout.