Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/391

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partager le bonheur de cette maison. Quoi qu’il en soit de l’espoir des croyans dans l’autre vie, j’aime à passer avec eux celle-ci ; & je sens que vous me convenez tous mieux tels que vous êtes, que si vous aviez le malheur de penser comme moi.

Au reste, vous savez ce que je vous dis sur son sujet à votre départ. Je n’avais pas besoin, pour le juger, de votre épreuve ; car la mienne étoit faite & je crois le connoître autant qu’un homme en peut connoître un autre. J’ai d’ailleurs plus d’une raison de compter sur son cœur & de bien meilleures cautions de lui que lui-même. Quoique dans votre renoncement au mariage il paraisse vouloir vous imiter, peut-être trouverez-vous ici de quoi l’engager à changer de systeme. Je m’expliquerai mieux après votre retour.

Quant à vous, je trouve vos distinctions sur le célibat toutes nouvelles & fort subtiles. Je les crois même judicieuses pour le politique qui balance les forces respectives de l’Etat, afin d’en maintenir l’équilibre. Mais je ne sais si dans vos principes ces raisons sont assez solides, pour dispenser les particuliers de leur devoir envers la nature. Il sembleroit que la vie est un bien qu’on ne reçoit qu’à la charge de le transmettre, une sorte de substitution qui doit passer de race en race & que quiconque eut un pere est obligé de le devenir. C’étoit votre sentiment jusqu’ici, c’étoit une des raisons de votre voyage ; mais je sais d’où vous vient cette nouvelle philosophie & j’ai vu dans le billet de Laure un argument auquel votre cœur n’a point de réplique.