Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/437

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LETTRE VIII. MDE. DE WOLMAR À SAINT PREUX.

He bien ! ne voilà-t-il pas encore votre imagination effarouchée ? & sur quoi, je vous prie ? Sur les plus vrais témoignages d’estime & d’amitié que vous ayez jamais reçus de moi ; sur les paisibles réflexions que le soin de votre vrai bonheur m’inspire ; sur la proposition la plus obligeante, la plus avantageuse, la plus honorable qui vous ait jamais été faite, sur l’empressement, indiscret peut-être, de vous unir à ma famille par des nœuds indissolubles ; sur le désir de faire mon allié, mon parent, d’un ingrat qui croit ou qui feint de croire que je ne veux plus de lui pour ami. Pour vous tirer de l’inquiétude où vous paraissez être, il ne faloit que prendre ce que je vous écris dans son sens le plus naturel. Mais il y a long-tems que vous aimez à vous tourmenter par vos injustices. Votre lettre est, comme votre vie, sublime & rampante, pleine de force & de puérilités. Mon cher philosophe, ne cesserez-vous jamais d’être enfant ?

Où avez-vous donc pris que je songeasse à vous imposer des lois, à rompre avec vous & pour me servir de vos termes, à vous renvoyer au bout du monde ? De bonne foi, trouvez-vous là l’esprit de ma lettre ? Tout au contraire : en jouissant d’avance du plaisir de vivre avec vous, j’ai craint les inconvéniens qui pouvoient le troubler ; je me