Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/454

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Je me sens pour tous ces abus une aversion qui doit naturellement m’en garantir : si j’y tombe, ce sera sûrement sans le vouloir & j’espere de l’amitié de tous ceux qui m’environnent que ce ne sera pas sans être avertie. Je vous avoue que j’ai été long-tems sur le sort de mon mari d’une inquiétude qui m’eût peut-être altéré l’humeur à la longue. Heureusement la sage lettre de Milord Edouard à laquelle vous me renvoyez avec grande raison, ses entretiens consolants & sensés, les vôtres, ont tout-à-fait dissipé ma crainte & changé mes principes. Je vois qu’il est impossible que l’intolérance n’endurcisse l’ame. Comment chérir tendrement les gens qu’on réprouve ? Quelle charité peut-on conserver parmi des damnés ? Les aimer, ce seroit hair Dieu qui les punit. Voulons-nous donc être humains ? Jugeons les actions & non pas les hommes ; n’empiétons point sur l’horrible fonction des démons ; n’ouvrons point si légerement l’enfer à nos freres. Eh ! s’il étoit destiné pour ceux qui se trompent, quel mortel pourroit l’éviter ?

Ô mes amis, de quel poids vous avez soulagé mon cœur ! En m’apprenant que l’erreur n’est point un crime, vous m’avez délivrée de mille inquiétans scrupules. Je laisse la subtile interprétation des dogmes que je n’entends pas. Je m’en tiens aux vérités lumineuses qui frappent mes yeux & convainquent ma raison, aux vérités de pratique qui m’instruisent de mes devoirs. Sur tout le reste j’ai pris pour regle votre ancienne réponse à M. de Wolmar [1]. Est-on

  1. Voyez V. Partie Lett III.