Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/47

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crainte ; adieu terreur, effroi, respect humain. Son regard, son cri, son geste, me rendent en un moment la confiance, le courage & les forces. Je puise dans ses bras la chaleur & la vie ; je pétille de joie en la serrant dans les miens. Un transport sacré nous tient dans un long silence étroitement embrassés, & ce n’est qu’après un si doux saisissement que nos voix commencent à se confondre, & nos yeux à mêler leurs pleurs. M. de Wolmar étoit là ; je le savais, je le voyais, mais qu’aurais-je pu voir ? Non, quand l’univers entier se fût réuni contre moi, quand l’appareil des tourmens m’eût environné, je n’aurois pas dérobé mon cœur à la moindre de ces caresses, tendres prémices d’une amitié pure & sainte que nous emporterons dans le ciel !

Cette premiere impétuosité suspendue, Madame de Wolmar me prit par la main, & se retournant vers son mari, lui dit avec une certaine grâce d’innocence & de candeur dont je me sentis pénétré : Quoiqu’il soit mon ancien ami, je ne vous le présente pas, je le reçois de vous, & ce n’est qu’honoré de votre amitié qu’il aura désormois la mienne.Si les nouveaux amis ont moins d’ardeur que les anciens, me dit-il en m’embrassant, ils seront anciens à leur tour, & ne céderont point aux autres. Je reçus ses embrassements, mais mon cœur venoit de s’épuiser, & je ne fis que les recevoir.

Après cette courte scene, j’observai du coin de l’œil qu’on avoit détaché ma malle & remisé ma chaise. Julie me prit sous le bras, & je m’avançai avec eux vers la maison, presque oppressé d’aise de voir qu’on y prenoit possession de moi.

Ce fut alors qu’en contemplant plus paisiblement ce visage