Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/99

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La pure morale est si chargée de devoirs séveres, que si on la surcharge encore de formes indifférentes, c’est presque toujours aux dépens de l’essentiel. On dit que c’est le cas de la plupart des moines qui, soumis à mille regles inutiles, ne savent ce que c’est qu’honneur & vertu. Ce défaut regne moins parmi nous, mais nous n’en sommes pas tout-à-fait exempts. Nos gens d’église, aussi supérieurs en sagesse à toutes les sortes de prêtres que notre religion est supérieure à toutes les autres en sainteté, ont pourtant encore quelques maximes qui paraissent plus fondées sur le préjugé que sur la raison. Telle est celle qui blâme la danse & les assemblées : comme s’il y avoit plus de mal à danser qu’à chanter, que chacun de ces amusemens ne fût pas également une inspiration de la nature & que ce fût un crime de s’égayer en commun par une récréation innocente, & honnête ! Pour moi, je pense au contraire que, toutes les fois qu’il y a concours des deux sexes, tout divertissement public devient innocent par cela même qu’il est public ; au lieu que l’occupation la plus louable est suspecte dans le tête-à-tête [1]. L’homme & la femme sont destinés l’un pour l’autre, la fin de la nature est qu’ils soient unis par le mariage. Toute fausse religion combat la nature ; la nôtre seule, qui la suit & la rectifie, annonce une institution divine & convenable à l’homme. Elle ne doit donc point ajouter sur le mariage aux embarras de l’ordre civil des difficultés que

  1. Dans ma lettre à M.d’Alembert sur les spectacles, j’ai transcrit de celle-ci le morceau suivant & quelques autres ; mais comme alors je ne faisois des préparer cette édition, j’ai cru devoir attendre qu’elle parût pour citer ce que j’en avois tiré.