Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/101

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hommes, est plus forte en ceci que le témoignage de quelques-uns. Si Sparte & Rome ont été des prodiges elles-mêmes, c’étoient des prodiges dans le genre moral ; & comme on s’abuseroit en Laponie de fixer à quatre pieds la stature naturelle de l’homme, on ne s’abuseroit pas moins parmi nous de fixer la mesure des ames humaines sur celle des gens que l’on voit autour de soi.

Vous vous souviendrez, s’il vous plaît, que je continue ici d’examiner vos raisonnements en eux-mêmes, sans soutenir ceux que vous attaquez. Après ce mémoratif nécessaire, je me permettrai sur votre maniere d’argumenter encore une supposition.

Un habitant de la rue Saint-Jacques vient tenir ce discours à monsieur l’Archevêque de Paris : " Monseigneur, je sais que vous ne croyez ni à la béatitude de Saint Jean de Paris, ni aux miracles qu’il a plu à Dieu d’opérer en public sur sa tombe, à la vue de la Ville du monde la plus éclairée & la plus nombreuse. Mais je crois devoir vous attester que je viens de voir ressusciter le Saint en personne, dans le lieu où ses os ont été déposés."

L’homme de la rue Saint-Jacques ajoute à cela le détail de toutes les circonstances qui peuvent frapper le spectateur d’un pareil fait. Je suis persuadé qu’à l’ouïe de cette nouvelle, avant de vous expliquer sur la foi que vous y ajoutez, vous commencerez par interroger celui qui l’atteste, sur son état, sur ses sentiments, sur son Confesseur, sur d’autres articles semblables ; & lorsqu’à son air, comme à ses discours, vous aurez compris que c’est un pauvre ouvrier, & que, n’ayant point à vous