Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/108

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est si frappante que tous les peres l’ont sentie, & qu’il n’est pas possible de s’y tromper. Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ? Quelle distance ce l’un à l’autre ! Socrate mourant sans douleur, sans ignominie, soutint aisément jusqu’au bout son personnage, & si cette facile mort n’eût honoré sa vie, ou douteroit si Socrate, avec tout son esprit, fût autre chose qu’un Sophiste. Il inventa, dit-on, la morale. D’autres avant lui l’avoient mise en pratique ; il ne fit que dire ce qu’ils avoient fait, il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avoit été juste avant que Socrate eût dit ce que c’étoit que justice ; Léonidas étoit mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d’aimer la Patrie ; Sparte étoit sobre avant que Socrate eût loué la sobriété : avant qu’il eût défini la vertu, Sparte abondoit en hommes vertueux. Mais où Jésus avoir-il pris parmi les siens cette morale élevée & pure, dont lui seul a donné les leçons & l’exemple ? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre, & la simplicité des plus héroiques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate philosophant tranquillement avec ses amis est la plus douce qu’on puisse desirer ; celle de Jésus expirant dans les tourmens, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu’on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonné bénit celui qui la lui présente & qui pleure. Jésus, au milieu d’un supplice affreux prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie & la