Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/128

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vôtres, ni de Loix que celles que vous imposez, loin de vous faire un devoir d’être justes, vous ne vous croyez pas même obligés d’être humains. Vous accablez fiérement le foible sans répondre de vos iniquités à personne : les outrages ne vous coûtent pas plus que les violences ; sur les moindres convenances d’intérêt ou d’état, vous nous balayez devant vous comme la poussiere. Les uns décretent & brûlent, les autres diffament & déshonorent, sans droit, sans raison, sans mépris, même sans colere, uniquement parce que cela les arrange, & que l’infortuné se trouve sur leur chemin. Quand vous nous insultez impunément, il ne nous est pas même permis de nous plaindre ; & si nous montrons notre innocence & vos torts, on nous accuse encore de vous manquer de respect.

Monseigneur, vous m’avez insulté publiquement : je viens de prouver que vous m’avez calomnié. Si vous étiez un particulier comme moi, que je pusse vous citer devant un Tribunal équitable, & que nous y comparussions tous deux, moi avec mon Livre, & vous avec votre Mandement ; vous y seriez certainement déclaré coupable, & condamné à me faire une réparation aussi publique que l’offense l’a été. Mais vous tenez un rang où l’on est dispensé d’être juste ; & je ne suis rien. Cependant, vous qui professez l’Evangile ; vous Prélat, fait pour apprendre aux autres leur devoir, vous savez le votre en pareil cas. Pour moi j’ai fait le mien, je n’ai plus rien à vous dire, & je me tais.

Daignez, Monseigneur, agréer mon profond respect. À le 18 Novembre 1762. J J Rousseau.