Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/142

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écrit des choses répréhensibles, on peut m’en blâmer, on peut supprimer le livre. Mais, pour le flétrir, pour m’attaquer personnellement, il faut plus ; la faute ne suffit pas, il faut un délit, un crime ; il faut que j’aie écrit à mauvaise intention un Livre pernicieux, & que cela soit prouvé, non comme un Auteur prouve qu’un Auteur se trompe, mais comme un accusateur doit convaincre devant le juge l’accusé. Pour être traité comme un malfaiteur, il faut que je sois convaincu de l’être. C’est la premiere question qu’il s’agit d’examiner. La seconde, en supposant le délit constaté, est d’en fixer la nature, le lieu où il a été commis, le tribunal qui doit en juger, la Loi qui le condamne, & la peine qui doit le punir. Ces deux questions une fois résolues décideront si j’ai été traite justement ou non.

Pour savoir si j’ai écrit des livres pernicieux, il faut en examiner les principes, & voir ce qu’il en résulteroit si ces principes étoient admis. Comme j’ai traité beaucoup de matières, je dois me restreindre à celles sur lesquelles je suis poursuivi, savoir, la Religion & le gouvernement. Commençons par le premier article, à l’exemple des juges qui ne se sont pas expliqués sur le second.

On trouve dans l’émile la profession de foi d’un Prêtre Catholique, & dans l’Héloise celle d’une femme dévote : ces deux pièces s’accordent assez pour qu’on puisse expliquer l’une par l’autre ; & de cet accord, on peut présumer avec quelque vraisemblance, que si l’Auteur, qui a publié les livres où elles sont contenues, ne les adopte pas en entier l’une & l’autre, du moins il les favorise beaucoup. De ces deux professions