Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/172

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l’autre leçon, ni dans aucun serment de Magistrats, de Bourgeois, de Ministres, il n’est question ni d’erreur ni d’hérésie. Loin que ce fut là l’objet de la Réformation ni des Loix, c’eût été se mettre en contradiction avec soi-même. Ainsi vos Edits n’ont fixé, sous ce mot de Réformation que les points controversés avec l’Eglise Romaine.

Je sais que votre Histoire, & celle cri général de la Réforme, est pleine de faits qui montrent une inquisition très sévere, & que, de persécutés, les Réformateurs devinrent bientôt persécuteurs : mais ce contraste, si choquant dans toute l’histoire dit Christianisme, ne prouve autre chose dans la vôtre que l’inconséquence des hommes & l’empire des passions sur la raison. À force de disputer contre le Clergé Catholique, le Clergé Protestant prit l’esprit disputer & pointilleux. Il vouloit tout décider, tout régler, prononcer sur tout ; chacun proposoit modestement son sentiment pour Loi suprême à tous les autres : ce n’étoit pas le moyen de vivre en paix. Calvin, sans doute, étoit un grand homme ; mais enfin c’étoit un homme, &, qui pis est, un Théologien : il avoit d’ailleurs tout l’orgueil du génie qui sent sa supériorité, & qui s’indigne qu’on la lui dispute : la plupart de ses Collegues étoient dans le même cas ; tous en cela d’autant plus coupables qu’ils étoient plus inconséquens.

Aussi, quelle prise n’ont-ils pas donnée en ce point aux Catholiques, & quelle pitié n’est-ce pas de voir dans leurs défenses ces savans hommes, ces esprits éclairés qui raisonnoient si bien sur tout autre article, déraisonner si sottement sur celui-là. Ces contradictions ne prouvoient cependant