Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/223

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L’ennui vous empêcheroit de me suivre si j’entrois dans le même détail sur les autres accusations qu’ils entassent pour de couvrir par le nombre l’injustice de chacune en particulier. Ils m’accusent, par exemple, de rejetter la priere. Voyez le Livre, & vous trouverez une priere dans l’endroit même dont il s’agit. L’homme pieux qui parle*

[*Un Ministre de Geneve, difficile assurément en Christianisme dans les jugemens qu’il porte du mien, affirme que j’ai dit, moi J. J. Rousseau, que je ne priois pas Dieu : Il l’assure en tout autant de termes, cinq ou six fois de suite, & toujours eu me nommant. Je veux porter respect à l’Eglise, mais oserois-je lui demander où j’ai dit cela ? Il est permis à tout barbouilleur de papier de déraisonner & bavarder tant qu’il veut ; mais il n’est pas permis à un bon Chrétien d’être un calomniateur public. ] ne croit pas, il est vrai, qu’il soit absolument nécessaire de demander à Dieu telle ou telle chose en particulier.*

[* Quand vous prierez, dit Jésus, priez ainsi. Quand on prie avec des paroles, c’est bien fait de préférer celles-là ; mais je ne vois point ici l’ordre de prier avec des paroles. Une autre priere est préférable, c’est d’être disposé à tout ce que Dieu veut. Me voici, Seigneur, pour faire ta volonté. De toutes les formules, l’Oraison dominicale est, sans contredit, la plus parfaite, mais ce qui est plus parfait encore, est l’entiere résignation aux volontés de Dieu. Non point ce que je veux, mais ce que tu veux. Que dis-je ! C’est l’Oraison dominicale elle-même. Elle est tout entiere dans ces paroles ; Que ta volonté suit faite. Toute autre priere est superflue, & ne fait que contrarier celle-là. Que celui qui pense ainsi se trompe, cela peut être. Mais celui qui publiquement l’accuse à cause de cela de détruire la morale Chrétienne, & de n’être pas Chrétien, est-il qui fort bon Chrétien lui-même ?] Il ne désapprouve point qu’on le fasse, quant à moi, dit-il, je ne le fais pas, persuadé que Dieu est un bon Pere, qui sait mieux que ses enfans ce qui leur convient. Mais ne petit-on lui rendre aucun autre culte aussi digne de lui ? Les hommages