Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/266

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Il n’en est pas de même de l’Auteur d’un Livre ; s’il enseigne, au moins il n’attroupe point, il n’ameute point, il ne force personne à l’écouter, à le lire ; il ne vous recherche point, il ne vient que quand vous le recherchez vous-même ; il vous laisse réfléchir sur ce qu’il vous dit, à ne dispute point avec vous, ne s’anime point, ne s’obstine point, ne leve point vos doutes, ne résout point vos objections, ne vous poursuit point : voulez-vous le quitter, il vous quitte, &, ce qui est ici l’article important, il ne parle pas au Peuple.

Aussi jamais la publication d’un Livre ne fut-elle regardée par aucun Gouvernement, du même œil que les pratiques d’un Dogmatiseur. Il y a même des pays on la liberté de la Presse est entiere ; mais il n’y en a aucun on il soit permis à tout le monde de dogmatiser indifféremment. Dans les pays où il est défendu d’imprimer des Livres sans permission, ceux qui désobéissent sont punis quelquefois pour avoir désobéi ; mais la preuve qu’on ne regarde pas au fond ce que dit un Livre comme une chose fort importante, est la facilité avec laquelle on laisse entrer dans l’Etat ces mêmes Livres, que, pour n’en pas paroître approuver les maximes, on n’y laisse pas imprimer.

Tout ceci est vrai, sur-tout des Livres qui ne sont point écrits pour le Peuple, tels qu’ont toujours été les miens. Je sais que votre Conseil affirme dans ses Réponses, que, selon l’intention de l’Auteur, l’émile doit servir de guide aux Peres & aux Meres :*

[* Page 22 & 23, des Représentations imprimées] mais cette assertion n’est pas