Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/310

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SEPTIEME LETTRE.


Vous m’aurez trouvé diffus, Monsieur ; mais il faloit l’être, & les sujets que j’avois à traiter ne se discutent pas par des épigrammes. D’ailleurs ces sujets m’éloignent moins qu’il ne semble de celui qui vous intéresse. En parlant de moi, je pensois à vous ; & votre question tenoit si bien à la mienne, que l’une est déjà résolue avec l’autre ; il ne me reste que la conséquence à tirer. Par-tout où l’innocence n’est pas en sûreté, rien n’y peut être ; par-tout où les Loix sont violées impunément, il n’y a plus de liberté.

Cependant comme on peut séparer l’intérêt d’un particulier de celui du public, vos idées sur ce point sont encore incertaines ; vous persistez à vouloir que je vous aide à les fixer. Vous demandez quel est l’état présent de votre République, & ce que doivent faire ses Citoyens ? Il est plus aisé de répondre à la premiere question qu’à l’autre.

Cette premiere question vous embarrasse surement moins par elle-même que par les solutions contradictoires qu’on lui donne autour de vous. Des gens de très-bon sens vous disent : nous sommes le plus libre de tous les Peuples ; & d’autres gens de très-bon sens vous disent : nous vivons sous le plus dur esclavage. Lesquels ont raison, me demandez-vous ? Tous, Monsieur ; mais à différens égards : une distinction très-simple les concilie. Rien n’est plus libre que votre état légitime ; rien n’est plus servile que votre état actuel.