Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/323

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Je n’ai point la témérité de vouloir critiquer ce règlement ; au contraire, j’en admire la sagesse, & j’en respecte l’impartialité. J’y crois voir les intentions les plus droites & les dispositions les plus judicieuses. Quand on sait combien de choses étoient contre vous dans ce moment critique, combien vous aviez de préjugés à vaincre, quel crédit à surmonter, que de faux exposés à détruire ; quand on se rappelle avec quelle confiance vos adversaires comptoient vous écraser par les mains d’autrui, l’on ne peut qu’honorer le zèle, la constance & les talens de vos défenseurs, l’équité des Puissances médiatrices, & l’intégrité des Plénipotentiaires qui ont consommé cet ouvrage de paix.

Quoi qu’on en puisse dire, l’Edit de la Médiation a été le salut de la République ; & quand on ne l’enfreindra pas, il en sera la conservation. Si cet Ouvrage n’est pas parfait en lui-même, il l’est relativement ; il l’est quant aux tems, aux lieux, aux circonstances ; il est le meilleur qui vous pût convenir. Il doit vous être inviolable & sacré par prudence, quand il ne le seroit pas par nécessité ; & vous s’en devriez pas ôter une ligne, quand vous seriez les maîtres de l’anéantir. Bien plus, la raison même qui le rend nécessaire, le rend nécessaire dans son entier. Comme tous les articles balancés forment l’équilibre, un seul article altéré le détruit. Plus le règlement est utile, plus il seroit nuisible ainsi mutilé. Rien ne seroit plus dangereux que plusieurs articles pris séparément & détachés du corps qu’ils affermissent. Il vaudroit mieux que l’édifice fût rasé qu’ébranlé. Laissez ôter une seule pierre de la voûte, & vous serez écrasés sous ses ruines.