Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/345

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tiroit de la nature de la chose le moyen de fixer les droits respectifs des divers Corps, & l’on sauvoit toute contradiction.

À la vérité l’Auteur des Lettres prétend que le petit Conseil étant le Gouvernement même, doit exercer à ce titre toute l’autorité qui n’est pas attribuée aux autres Corps de l’Etat ; mais c’est supposer la sienne antérieure aux Edits ; c’est supposer que le petit Conseil, source primitive de la puissance, garde ainsi tous les droits qu’il n’a pas aliénés. Reconnoissez-vous, Monsieur, dans ce principe celui de votre Constitution ? Une preuve si curieuse mérite de nous arrêter un moment.

Remarquez d’abord qu’il s’agit là, *

[* Lettres écrites de la Campagne, page 66.] du pouvoir du petit Conseil, mis en opposition avec celui des Syndics, c’est-à-dire, de chacun de ces deux pouvoirs séparé de l’autre. L’Edit parle du pouvoir des Syndics sans le Conseil, il ne parle point du pouvoir du Conseil sans les Syndics ; pourquoi cela ? Parce que le Conseil sans les Syndics est le Gouvernement. Donc le silence même des Edits sur le pouvoir du Conseil, loin de prouver la nullité de ce pouvoir en prouve l’étendue. Voilà, sans doute, une conclusion bien neuve. Admettons-la toutefois, pourvu que l’antécédent soit prouvé.

Si c’est parce que le petit Conseil est le Gouvernement, que les Edits ne parlent point de son pouvoir, ils diront du moins, que le petit Conseil est le Gouvernement ; à moins que de preuve en preuve leur silence n’établisse toujours le contraire de ce qu’ils ont dit.