Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/420

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heureux deux fois ! vous aurez joui d’un bonheur bien rare, & dont vos oppresseurs ne paroissent guere alarmés.

Après vous avoir étalé tous les maux imaginaires d’un droit aussi ancien que votre Constitution, & qui jamais n’a produit aucun mal, on pallie, on nie ceux du droit nouveau qu’on usurpe, & qui se font sentir dès aujourd’hui. Forcé d’avouer que le Gouvernement peut abuser du droit négatif jusqu’à la plus intolérable tyrannie, on affirme que ce qui arrive n’arrivera pas, & l’on change en possibilité sans vraisemblance ce qui se passe aujourd’hui sous vos yeux. Personne, ose-t-on dire, ne dira que le Gouvernement ne soit équitable & doux ; & remarquez que cela se dit en réponse à des Représentations où l’on se plaint des injustices & des violences du Gouvernement. C’est-là vraiment ce qu’on peut appeler du beau style ; c’est l’éloquence de Périclès, qui, renversé par Thucydide à la lutte, prouvoit aux spectateurs que c’étoit lui qui l’avoit terrassé.

Ainsi donc, en s’emparant du bien d’autrui sans prétexte, en emprisonnant sans raison les innocens, en flétrissant un Citoyen sans l’ouïr, en jugeant illégalement un autre, en protégeant les Livres obscènes, en brûlant ceux qui respirent la vertu, en persécutant leurs auteurs, en cachant le vrai texte des Loix, en refusant les satisfactions les plus justes, en exerçant le plus dur despotisme, en détruisant la liberté qu’ils devroient défendre, en opprimant la Patrie dont ils devroient être les pères, ces Messieurs se font compliment à eux-mêmes sur la grande équité de leurs jugements ; ils s’extasient sur la douceur de leur administration, ils affirment