Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/465

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meliores quam nunc sunt imitari conantur. Ne voila-t-il pas une imitation bien entendue, qui se propose pour objet ce qui n’est point, & laisse, entre le défaut & l’excès, ce qui est, comme une chose inutile Mais qu’importe la vérité de l’imitation, pourvu que l’illusion y soit Il ne s’agit que de piquer la curiosité du peuple. Ces productions d’esprit, comme la plupart des autres, n’ont pour but que applaudissemens. Quand l’Auteur en reçoit & que les Acteurs les partagent, la Piece est parvenue à son but & l’on n’y cherche point d’autre utilité. Or si le bien est nul, reste le mal, & comme celui-ci n’est pas douteux, la question me paroit décidée ; mais, passions à quelques exemples, qui puissent en rendre la solution plus sensible.

Je crois pouvoir avancer, comme une vérité facile à prouver, en conséquence des précédentes, que le Théâtre François, avec les défauts qui lui restent, est cependant à-peu-près aussi parfait qu’il peut l’être, soit pour l’agrément, soit pour l’utilité ; & que ces deux avantages y sont dans un rapport qu’on ne peut troubler sans ôter à l’un plus, qu’on ne donneroit à l’autre, ce qui rendroit ce même Théâtre moins parfait encore. Ce n’est pas qu’un homme de génie ne puisse inventer un genre de Pieces préférable à ceux qui sont établis ; mais ce nouveau genre, ayant besoin pour se soutenir des talens de l’Auteur, périra nécessairement avec lui, & ses successeurs, dépourvus des mêmes ressources, seront toujours forces de revenir aux moyens communs d’intéresser & de plaire. Quels sont ces moyens parmi nous Des actions célebres, de grands noms, de grands crimes, & de grandes