Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/507

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& n’est estime que par ses richesses ; la Police ne sauroit trop multiplier les plaisirs permis, ni trop s’appliquer à les rendre agréables, pour ôter aux particuliers la tentation d’en chercher de plus dangereux. Comme les empêcher de s’occuper c’est les empêcher de mal faire, deux heures par dérobées à l’activité du vice sauvent la douzieme partie crimes qui se commettroient ; & tout ce que les Spectacles vus ou à voir causent d’entretiens dans les Cafés & autres refuges des fainéans & fripons du pays, est encore autant de gagne pour les peres de famille, soit sur l’honneur de leurs filles ou de leurs femmes, soit sur leur bourse ou sur celle de leurs fils.

Mais dans les petites villes, dans les lieux moins peuples, où les particuliers, toujours sous les yeux du public, sont censeurs nés les uns des autres, & où la Police à sur tous une inspection facile, il faut suivre des maximes toutes contraires. S’il y a de l’industrie, des arts, des manufactures, on doit se garder d’offrir des distractions relâchantes à l’âpre intérêt qui fait ses plaisirs de ses soins, & enrichit le Prince de l’avarice des sujets. Si le pays, sans commerce, nourrit les habitans dans l’inaction, loin de fomenter en eux l’oisiveté à laquelle une vie simple & facile ne les porte déjà que trop, il faut la leur rendre insupportable en les contraignant, à force d’ennui, d’employer utilement un tems dont ils ne sauroient abuser. Je vois qu’a Paris, où l’on juge de tout su apparences, parce qu’on n’a le loisir de rien examiner, on croit à l’air de désoeuvrement & de langueur dont frappent au premier coup- d’œil la plupart des villes de provinces,