Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/548

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de galanterie du tems, les idées de liberté qu’ils inspirent s’introduisirent, sur-tout dans les Cours & les grandes villes, où l’on se pique davantage de politesse ; par le progrès même de cette politesse, elle dut enfin dégénérer en grossièreté. C’est ainsi que la modestie naturelle au sexe peu-à-peu disparue & que les mœurs des vivandières se sont transmises aux femmes de qualités.

Mais voulez-vous savoir combien ces usages, contraires aux idées naturelles, sont choquans pour qui n’en a pas l’habitude ? Jugez-en par la surprise & l’embarras des Etrangers & Provinciaux à l’aspect de ces manieres si nouvelles pour eux. Cet embarras fait l’éloge des femmes de leurs pays, & il est a croire que celles qui le causent en seroient moins fières, si la source leur en étoit mieux connue n’est point qu’elles en imposent, c’est plutôt qu’elles rougir, & que la pudeur chassée par la femme de discours & de son maintien, se réfugie dans le cœur l’homme.

Revenant maintenant à nos, Comédiennes, je demande comment un etat dont l’unique objet est de se montrer au public, & qui pis est, de se montrer pour de l’argent, conviendroit à d’honnêtes femmes, & pourroit compatir en elles avec la modestie & les bonnes mœurs ? A-t-on besoin même de disputer sur les différences morales des sexes, pour sentir combien il est difficile que celle qui se met à prix en représentation ne s’y mette bientôt en personne, & ne se laisse jamais tenter de satisfaire des desirs qu’elle prend tant de soin d’exciter ? Quoi ! malgré mille