Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/551

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Si tout cela tient à la profession du Comédien, que ferons-nous, Monsieur, pour prévenir des effets inévitables ? Pour moi, je ne vois qu’un seul moyen ; c’est d’ôter la cause. Quand les maux de l’homme lui viennent de sa nature ou d’une maniere de vivre qu’il ne peut, changer, les Médecins les préviennent-ils ? Défendre au Comédien d’être vicieux, c’est défendre à l’homme d’être malade.

S’ensuit-il de-l’à qu’il faille mépriser tous les Comédiens ? Il s’enfuit, au contraire, qu’un Comédien qui à de la modestie, des mœurs, de l’honnêteté est, comme vous l’avez très-bien dit, doublement estimable : puisqu’il montre par-la que l’amour de la vertu l’emporte en lui sur les passions de l’homme, & sur l’ascendant de sa profession. Le seul tort qu’on lui peut imputer est de l’avoir embrassée ; mais trop souvent un écart de jeunesse décide du fort de la vie, & quand on se sent un vrai talent, qui peut résulter à son attrait ? Les grands Acteurs portent avec eux leur excuse ; ce sont les mauvais qu’il faut mépriser.

Si j’ai reste si long-tems dans les termes de la proposition générale, ce n’est pas que je n’eusse eu plus d’avantage encore à l’appliquer précisément à la Ville de Geneve ; mais la répugnance de mettre mes Concitoyens sur la Scene m’à fait différer autant que je l’ai pu de parler de nous. Il y faut pourtant venir à la fin, & je n’aurois rempli qu’imparfaitement ma tache, si je ne cherchois, sur notre situation particuliere, ce qui résultera de l’établissement d’un Théâtre dans notre Ville, au cas que votre avis & vos raisons déterminent le gouvernement à l’y souffrir. Je me bornerai à