Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/586

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pardonnons à ce mortel, s’il existe, d’oser présenter à la vertu !

Ainsi de quelque maniere qu’on envisage les choses, la même vérité nous frappe toujours. Tout ce que les Pieces de Théâtre peuvent avoir d’utile à ceux pour qui elles ont été faites, nous deviendra préjudiciable, jusqu’au goût que nous croirons avoir acquis par elles, & qui ne sera qu’un faux goût, sans tact sans délicatesse, substitue mal-à-propos parmi nous a la solidité de la raison. Le goût tient à plusieurs choses : les recherches d’imitation qu’on voit au Théâtre, les comparaisons qu’on a lieu d’y faire, les réflexions sur l’art de plaire aux Spectateurs, peuvent le faire germer, mais non suffire à son développement. Il faut de grandes Villes, il faut des beaux-arts & du luxe, il faut un commerce intime entre les citoyens, il faut une étroite dépendance les uns des autres, il faut de la galanterie & même de la débauche, il faut des vices qu’on soit force d’embellir, pour faire chercher à tout pas formes agréables, & réussir à les trouver. Une partie de ces choses nous manquera toujours, & nous devons trembler d’acquérir l’autre :

Nous aurons des Comédiens, mais quels ? Une bonne Troupe viendra-t-elle de but-en-blanc s’établir dans une Ville de vingt-quatre mille ames ? Nous en aurons donc d’abord de mauvais, & nous serons d’abord de mauvais juges. Les formerons-nous, ou s’ils nous formeront ? Nous aurons de bonnes Pieces ; mais, les recevant pour telles sur la parole d’autrui, nous serons dispenses de les examiner, & ne gagnerons pas plus à les voir jouer qu’a les lire. Nous n’en serons pas moins