Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/597

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Il est vif, gai, caressant ; son cœur est alors dans ses yeux, comme il est toujours sur ses lèvres ; il cherche a communiquer sa joie & ses plaisirs ; il invite, il presse, il force, il se dispute les survenans. Toutes les sociétés n’en sont qu’une, tout devient commun à tous. Il est presque indifférent à quelle table on se mette : ce seroit l’image de celle de Lacédémone, s’il n’y régnoit un peu plus de profusion ; mais cette profusion même est alors bien placée, & l’aspect de l’abondance rend plus touchant celui de la liberté qui la produit.

L’hiver, tems consacre au commerce prive des amis, convient moins aux fêtes publiques. Il en est pourtant une espece dont je voudrois bien qu’on le fit moins de scrupule, savoir les bals entre de jeunes personnes à marier. Je n’ai jamais bien conçu pourquoi l’on s’effarouche si fort de la danse & des assemblées qu’elle occasionne : comme s’il y avoit plus de mal à danser qu’a chanter ; que l’un & l’autre de ces amusemens ne fut pas également une inspiration de la Nature ; & que ce fut un crime à ceux qui sont destines à s’unir de s’égayer en commun par une honnête récréation. L’homme & la femme ont été formes l’un pour l’autre. Dieu veut qu’ils suivent leur destination, & certainement le premier & le plus saint de tous les liens de la Société est le mariage. Toutes les fausses Religions combattent la Nature ; la nôtre seule, qui la suit & la regle, annonce une institution divine & convenable à l’homme. Elle ne doit point ajouter sur le mariage, aux embarras de l’ordre civil, des difficultés que l’evangile ne prescrit pas & que