Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/622

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d’exemplaires de cette chose qui peuvent exister dans la Nature. Cette idée est toujours antérieure à son exécution car l’Architecte qui construit un Palais, a l’idée d’un Palais avant que de commencer le sien. Il n’en fabrique pas le modele, il le suit, & ce modele est d’avance dans son esprit.

Borné par son art à ce seul objet, cet Artiste ne sait faire que son Palais ou d’autres Palais semblables : mais il y en a de bien plus universels, qui sont tout ce que peut exécuter au monde quelque ouvrier que ce soit, tout ce que produit la Nature, tout ce que peuvent faire de visible au ciel, sur la terre, aux enfers, les Dieux mêmes. Vous comprenez bien que ces Artistes si merveilleux sont des Peintres, & même le plus ignorant des hommes en peut faire autant avec un miroir. Vous me direz que le Peintre ne fait pas ces choses, mais leurs images : autant en fait l’ouvrier qui les fabrique réellement, puisqu’il copie un modele qui existoit avant elles.

Je vois-là trois Palais bien distincts. Premiérement le modele ou l’idée originale qui existe dans l’entendement de l’Architecte, dans la Nature, ou tout au moins dans son Auteur avec toutes les idées possibles dont il est la source : en second lieu, le Palais de l’Architecte, qui est l’image de ce modele ; & enfin le Palais du Peintre, qui est l’image de celui de l’Architecte. Ainsi, Dieu, l’Architecte & le Peintre sont les auteurs de ces trois Palais. Le premier Palais est l’idée originale, existante par elle-même ; le second en est l’image ; le troisieme est l’image de l’image, ou ce que nous appellons proprement imitation. D’où il suit que l’imitation