Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/67

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rends gloire à Dieu dans mes Livres sans y croire au fond de mon cœur. Ils taxent mes écrits d’impiété, & mes sentiments d’hypocrisie. Mais si je prêche en public l’athéisme, je ne suis donc pas un hypocrite ; & si j’affecte une foi que je n’ai point, je n’enseigne donc pas l’impiété. En entassant des imputations contradictoires la calomnie se découvre elle-même ; mais la malignité est aveugle, & la passion ne raisonne pas.

Je n’ai pas, il est vrai, cette foi dont j’entends se vanter tant de gens d’une probité si médiocre, cette foi robuste qui ne doute jamais de rien, qui croit sans façon tout ce qu’on lui présente à croire, & qui met à part ou dissimule les objections qu’elle ne sait pas résoudre. Je n’ai pas le bonheur de voir dans la révélation l’évidence qu’ils y trouvent ; & si je me détermine pour elle, c’est parce que mon cœur m’y porte, qu’elle n’a rien que de consolant pour moi, & qu’à la rejetter les difficultés ne sont pas moindres : mais ce n’est pas parce que je la vois démontrée ; car très-sûrement elle ne l’est pas à mes yeux. Je ne suis pas même assez instruit à beaucoup près pour qu’une démonstration qui demande un si profond savoir, soit jamais à ma portée. N’est-il pas plaisant que moi qui propose ouvertement mes objections & mes doutes, je sois l’hypocrite ; & que tous ces gens si décidés, qui disent sans cesse croire fermement ceci & cela ; que ces gens si sûrs de tout, sans avoir pourtant de meilleures preuves que les miennes ;que ces gens, enfin, dont la plupart ne sont guères plus savants que moi, & qui, sans lever mes difficultés, me reprochent de les avoir proposées, soient les gens de bonne foi ?