Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/92

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& j’ai choisi, car je ne veux pas vous tromper. Je meurs donc, puisqu’il le faut ; mais je meurs digne de revivre & d’animer un autre homme juste. Je meurs martyr de ma Religion, sans craindre d’entrer après ma mort dans la vôtre. Puissai-je renaître chez les Musulmans pour leur apprendre à devenir humains, clémens, équitables : car servant le même Dieu que nous servons, puisqu’il n’y en a pas deux, vous vous aveuglez dans votre zele en tourmentant ses serviteurs, & vous n’êtes cruels & sanguinaires que parce que vous êtes inconséquens."

"Vous êtes des enfants, qui dans vos jeux ne savez que faire du mal aux hommes. Vous vous croyez savans, & vous ne savez rien de ce qui est de Dieu. Vos dogmes récents sont-ils convenables à celui qui est, & qui veut être adoré de tous les tems ? Peuples nouveaux, comment osez-vous parler de Religion devant nous ? Nos rites sont aussi vieux que les astres : les premiers rayons du soleil ont éclairé & reçu les hommages de nos Peres. Le grand Zerdust a vu l’enfance du monde ;il a prédit & marqué l’ordre de l’univers : & vous, hommes d’hier, vous voulez être nos prophêtes ! Vingt siecles avant Mahomet, avant la naissance d’Ismaêl & de son pere, les Mages étoient antiques. Nos livres sacrés étoient déjà la Loi de l’Asie & du monde, & trois grands Empires avoient successivement achevé leur long cours sous nos ancêtres, avant que les vôtres fussent sortis du néant."

"Voyez, hommes prévenus, la différence qui est entre vous & nous. Vous vous dites croyants, & vous vivez en