Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/121

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de barbarie, ces siecles heureux ou les Sciences ont répandu par-tout l’esprit d’ordre & de justice. Ces siecles heureux seront difficiles à trouver ; mais on en trouve plus aisément ou, grace aux Sciences, Ordre & Justice ne seront plus que de vains noms faits pour en imposer au peuple, & ou l’apparence en aura été conservée avec soin, pour les détruire en effet plus impunément. On voit de nos jours guerres moins fréquentes, mais plus justes ; en quelque tems que ce soit comment la guerre pourra-t-elle être plus juste dans l’un des partis, sans être plus injuste dans l’autre ? Je ne saurois concevoir cela ! Des actions moins étonnantes, mais plus héroiques. Personne assurément ne disputera à a mon Adversaire le droit de juger de juger de l’héroÏsme ; mais pense-t-il que ce qui n’est point étonnant pour lui, ne le soit pas pour nous ? Des victoires moins sanglantes, mais plus glorieuses ; des Conquêtes moins rapides, mais plus assurées ; des guerriers moins violens, mais plus redoutes ; fâchant vaincre. avec modération, traitant les vaincus avec humanité ; l’honneur est leur guide, la gloire leur récompense. Je ne nie pas à l’Auteur qu’il n’y ait de grands hommes parmi nous, il lui seroit trop aise d’en fournir la preuve ; ce qui n’empêche point que les peuples ne soient très-corrompus. Au reste, ces choses sont si vagues qu’on pourroit presque les dire de tous les âges ; & il est impossible d’y répondre, parce qu’il faudroit feuilleter des Bibliothèques & faire des in-folios pour établir des preuves pour ou contre.

Quand Socrate a maltraite les Sciences, il n’a pu, ce me semble, avoir en vue, ni l’orgueil des StoÏciens, ni la mollesse des Epicuriens, ni l’absurde jargon des Pyrrhoniens,