Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/180

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le reste : l’hospitalité n’etoit pas vendre, & l’on n’y trafiquoit pas des vertus.Les fils de Jémini n’etoient pas les seuls, sans doute, dont les cœurs de fer fussent endurcis ; mais cette dureté n’etoit pas commune. Par-tout avec la patience on trouvoit des freres ; le voyageur dépourvu de tout, ne manquoit de rien.

Après avoir attendu long-tems inutilement, le Lévite alloit détacher son bagage, pour en faire à la jeune fille un lit moins dur que la terre nue ; quand il apperçut un homme vieux, revenant sur le tard de les champs & de ses travaux rustiques. Cet homme etoit comme lui des monts d’Ephraim, & il etoit venu s’établir autrefois dans cette ville parmi les enfans de Benjamin.

Le vieillard élevant les yeux, vit un homme & une femme assise au milieu de la place, avec un serviteur des bêtes de somme & du bagage. Alors s’approchant, il dit au Lévite : Etranger, d’ou êtes-vous, & ou allez-vous ? lequel lui répondit ; nous venons de Bethléem, ville de Juda : nous retournons dans notre demeure sur le penchant du mont d’ephraim, d’ou nous étions venus ; & maintenant nous cherchions l’hospice du Seigneur ; mais nul n’a voulu nous loger. Nous avons du grain pour nos animaux, du pain, du vin pour moi, pour, votre servante, & pour le garçon qui nous suit ; nous avons tout ce qui nous est nécessaire, il nous manque seulement le couvert. Le vieillard lui répondit ; paix. vous soit mon frere : vous ne resterez point dans la place, si quelque chose vous manque, que le crime en soit sur moi. Ensuite il les mena dans sa maison, fit décharger leur équipage, garnir le râtelier pour leurs bêtes, & ayant fait laver les pieds à ses hôtes, il leur fit un festin de Patriarches, simple & sans faste mais abondant.