Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/201

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SECONDE LETTRE.


Puisque je vous ai écrit, je veux vous écrire encore. Ma premiere faute en attire une autre ; mais je saurai m’arrêter, soyez-en sure ; & c’est la maniere dont vous m’avez traité durant mon délire, qui décidera de mes sentimens à votre égard quand j’en serai revenu. Vous avez beau feindre de n’avoir pas lu ma lettre : vous mentez, je le sais, vous l’avez lue. Oui, vous mentez sans me rien dire, par l’air égal avec lequel vous croyez m’en imposer : si vous êtes la même qu’auparavant, c’est parce que vous avez été toujours fausse, & la simplicité que vous affectez avec moi, me prouve que vous n’en avez jamais eu. Vous ne dissimulez ma folie que pour l’augmenter ; vous n’êtes pas contente que je vous écrive si vous ne me voyez encore à vos pieds : vous voulez me rendre aussi ridicule que je peux l’être ; vous voulez me donner en spectacle à vous-même, peut-être à d’autres, & vous ne vous croyez pas assez triomphante, si je ne suis déshonoré.

Je vois tout cela, fille artificieuse, dans cette feinte modestie par laquelle vous espérez m’en imposer, dans cette feinte égalité par laquelle vous semblez vouloir me tenter d’oublier ma faute, en paroissant vous-même n’en rien savoir. Encore une fois, vous avez lu ma lettre ; je le sais, je l’ai vu. Je vous ai vu, quand j’entrois dans votre chambre, poser précipitamment le livre où je l’avois mise ; je vous ai vu rougir & marquer un moment de trouble. Trouble séducteur & cruel qui peut-être