Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/205

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QUATRIEME LETTRE.


Quoi ! c’étoit vous que je redoutois ; c’étoit vous que je rougissois d’aimer ? Ô Sara, fille adorable, ame plus belle que ta figure ! Si je m’estime desormais quelque chose, c’est d’avoir un cœur fait pour sentir tout ton prix. Oui, sans doute, je rougis de l’amour que j’avois pour toi, mais c’est parce qu’il étoit trop rampant, trop languissant, trop foible, trop peu digne de son objet. Il y a six mois que mes yeux & mon cœur devorent tes charmes, il y a six mois que tu m’occupes seule & que je ne vis que pour toi : mais ce n’est que d’hier que j’ai appris à t’aimer. Tandis que tu me parlois & que des discours dignes du Ciel sortoient de ta bouche, je croyois voir changer tes traits, ton air, ton port, ta figure ; je ne sais quel feu surnaturel luisoit dans tes yeux, des rayons de lumiere sembloient t’entourer. Ah Sara ! si réellement tu n’es pas une mortelle, si tu es l’Ange envoyé du Ciel pour ramener un cœur qui s’égare, dis-le moi ; peut-être il est tems encore. Ne laisse plus profaner ton image par des desirs formés malgré moi. Hélas ! si je m’abuse dans mes vœux, dans mes transports, dans mes téméraires hommages, guéris-moi d’une erreur qui t’offense, apprends-moi comment il faut t’adorer.

Vous m’avez subjugué, Sara, de toutes les manieres, & si vous me faites aimer ma folie, vous me la faites cruellement sentir. Quand je compare votre conduite à la mienne, je trouve un sage dans une jeune fille, & je ne sens en moi