Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/217

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déclare que toute critique ou observation personnelle sera pour toujours bannie de mon journal : ce ne sont que des livres que je vais examiner, le mot d’Auteur ne sera pour moi que l’esprit du livre même, il ne s’étendra point au-delà, & j’avertis positivement que je ne m’en servirai jamais dans un autre sens ; de sorte que si, dans mes jours de mauvaise humeur, il m’arrive quelquefois de dire : voilà un sot, un impertinent écrivain, c’est l’ouvrage seul qui sera taxé d’impertinence & de sottise, & je n’entends nullement que l’Auteur ne soit moins un génie du premiere ordre, & peut-être même un digne Académicien. Que sais-je, par exemple, si l’on ne s’avisera point de regaler mes feuilles des épichetes dont je viens de parler : or on voit bien d’abord que je ne cesserai pas, pour d’être un homme de beaucoup mérite.

Comme tout ce que j’ai dit jusqu’à présent paroîtroit un peu vague si je n’ajoutois rien pour exposer plus nettement mon projet & la maniere dont je me propose de l’exécuter, je vais prévenir mon lecteur sur certaines particularités de mon caractere qui le mettront au fait de ce qu’il peut s’attendre à trouver dans mes écrits.

Quand Boileau a dit de l’homme en général qu’il changeoit du blanc au noir, il a croque mon portrait en deux mots, en qualité d’individu. II l’eût rendu plus précis s’il y eût ajouté toutes les autres couleurs avec les nuances intermédiaires. Bien n’est si dissemblable à moi que moi-même ; c’est pourquoi il seroit inutile de tenter de me définir autrement que par cette variété singuliere ; elle est telle dans mon esprit qu’elle influe de tems à autre jusques sur mes sentimens. Quelquefois je suis