Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/297

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Othon en sera plus odieux & nous en aurons plus d’honneur. Vinius résistant à cet avis fut menacé par Lacon à l’instigation d’Icelus, toujours prêt à servir sa haine particuliere aux dépens de l’Etat.

Galba sans hésiter plus long-tems choisit le parti le plus spécieux. On envoya Pison le premier au Camp, appuyé du

crédit que devoient lui donner sa naissance, le rang auquel il venoit de monter, & sa colere contre Vinius, véritable, ou supposée telle par ceux dort Vinius étoit haï & que leur haine rendoit crédules. A peine Pison fut parti qu’il s’éleva un bruit, d’abord vague & incertain, qu’Othon avoit été tué dans le Camp. Puis, comme il arrive aux mensonges importans, il se trouva bientôt des témoins oculaires du fait, qui persuaderent aisément tous ceux qui s’en réjouissoient ou qui s’en soucioient peu. Mais plusieurs crurent que ce bruit étoit répandu & fomenté par les amis d’Othon, pour attirer Galba par le leurre d’une bonne nouvelle.

Ce fut alors que les applaudissemens & l empressement outré gagnant plus haut qu’une populace imprudente, la plupart des Chevaliers & des Sénateurs, rassurés & sans précaution forcerent les portes du Palais, & courant au-devant de Galba, se plaignoient que l’honneur de le venger leur eût été ravi. Les plus lâches, & comme l’effet le prouva, les moins capables d’affronter le danger, téméraires en paroles, & braves de la langue, affirmoient tellement ce qu’ils savoient le moins, que, faute, d’avis certains, & vaincu par ces clameurs, Galba prit une